Comprendre la déportation

Cet article fait suite à Déportation durant la Seconde Guerre mondiale: Des étoiles dans la nuit. Il s’adresse en priorité aux adolescents.

En-dehors de l’aspect plus factuel de cet article pour approfondir ce que fût vraiment la déportation, en-dehors de quelques chiffres clés qui sont importants à retenir pour ne pas oublier l’ampleur du désastre, si il n’y avait qu’une leçon à retenir, elle serait celle-ci:
La perception de nos différences, qui mène nécessairement à des incompréhensions ou à des clivages, ne peut jamais servir de prétexte à déshumaniser l’autre. En perdant notre humanité, nous nous perdons tout court. Nous devons à tout prix refuser que l’autre ne devienne personne.

Oh! Et avant de passer aux faits, je ne pourrais que conseiller la lecture de la BD Maus de Art Spiegelman. Fantastique livre sur la déportation et la Shoah où les faciès d’animaux permettent l’accès à un plus jeune public en rendant l’inacceptable visuellement acceptable.

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Une page de “Maus” de Art Spiegelman

Qu’est-ce que la déportation?

La déportation dont nous parlons ici est celle qui a eu lieu pendant la seconde guerre mondiale (ou même dès 1933 en Allemagne, à l’arrivée des nazis au pouvoir).

La déportation est l’acte de déplacer certaines catégories de personnes ou communautés en les internant dans des camps de concentration ou d’extermination avec l’objectif de se débarasser des personnes plus ou moins rapidement. Déportation et camps sont donc intimement liés. Les victimes sont amenées pour la plupart d’entre elles en-dehors du territoire de leur pays d’arrestation.

La déportation est un processus méthodique de meurtre à une échelle industrielle. Ce processus est organisé par l’état allemand de l’époque et soutenu par les autorités en place dans les pays vaincus (dont le régime de Vichy pour la France).

Qui était visé par la déportation?

Il y a deux catégories essentielles, elles-mêmes composées de plusieurs sous-groupes:

  1. déportation de répression
  2. déportation de persécution

Déportation de répression: Les gens sont déportés pour ce qu’ils FONT. Il s’agit de personnes qui participent à des activités ou font part d’un sentiment “jugé dangereux par l’autorité nazie d’occupation car la mettant en cause” (définition dérivée du Livre-Mémorial des déportés de France). Cette catégorie comprend donc les résistants, opposants politiques, réfugiés apatrides (par exemple, les Républicains espagnols venus en France après la victoire de Franco).

Déportation de persécution: Les gens sont déportés pour ce qu’ils SONT. L’objectif pour les Nazis est d’épurer l’Allemagne, pratiquer l’eugénisme autour d’une soit-disant race aryenne idéale et donc éliminer les communautés ou groupes de personnes qui avilissent la race. Cette persécution a touché en l’occurence les handicapés, les Témoins de Jéhovah (une religion), les homosexuels, les Tsiganes (Roms), et les Juifs.

Combien de victimes de la déportation?

La mort est au bout du chemin pour grand nombre de déportés.

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Quel différence entre camp de concentration et camp d’extermination?

Les camps de concentration ont été créés dès l’accession au pouvoir de Hitler en 1933. Ils étaient destinés à toute personne considérée comme ennemie de l’état, c’est-à-dire essentiellement les opposants politiques. Mais les Tsiganes, témoins de Jéhovah, homosexuels et handicapés font aussi partis des premiers visés. À partir de 1938 et l’Anschluss (invasion et annexion de l’Autriche), les Juifs vont aussi devenir la cible des déportations vers ces camps.

Ces camps sont des camps d’emprisonnement aux conditions inhumaines, dont les conditions vont d’ailleurs devenir de plus en plus dures au fur-et-à-mesure des années jusqu’à la fin de la guerre. Ce sont aussi des camps de travail forcé. Les détenus sont exploités comme une main d’oeuvre à bas coût qui va profiter à l’état allemand ainsi que certaines entreprises allemandes de l’époque. Les détenus y meurent d’épuisement. Certains prisonniers sont aussi sujet à d’ignobles expériences soit-disant “médicales”.

En France, il n’y a qu’un camp de concrentation en Alsace (annexée par l’Allemagne en juin 1940) à Struthof-Natzweiler. Mais il y a plus de 30 camps d’internement de diverses sortes (notamment camp de transit, camp de rassemblement) qui sont pour beaucoup qu’une première étape avant un acheminement vers un camp de concentration ou d’extermination vers l’Allemagne ou la Pologne.

Les camps d’extermination commencent avec Chelmno en Pologne ouvert en décembre 1941. Ces camps sont une des réponses à la décision d’éradiquer totalement la population juive des territoires dominés par l’Allemagne. On parle de solution finale. Pour la liquidation des gens, des chambres à gaz sont mises en place (sous forme de douches desquelles sort du gaz à la place de l’eau). Ces chambres à gaz sont le signe distinctif des camps d’extermination. Contrairement aux camps de concentration, les gens qui seront gazés ne demeurent pas dans le camp. Ils sont exécutés à la descente du train après un tri entre ceux qui seront exterminés et ceux qui iront travailler dans la partie concentrationnaire.

Il y a eu 6 camps d’extermination, tous en Pologne: Belzec, Maïdanek, Treblinka, Sobibor, Auschwitz II-Birkenau, Chelmno.

Ne pas confondre déportation avec Shoah

Déportation et Shoah ne sont pas la même chose.

Shoah veut dire “catastrophe” en hébreu. La Shoah (aussi appelé holocauste, particulièrement dans les pays anglophones) est l’objectif d’anéantissement des Juifs et l’organisation mise ne place par le régime nazi pour y arriver. Suivant les estimations, entre 5.1 et 5.8 millions de Juifs ont ainsi péri entre 1933 et 1945.

Mais la déportation n’est qu’un des rouages de la machine de mort de la Shoah. Rouage essentiel, certes, puisqu’elle représente à elle seule plus de 60% des morts¹ (environ 3 millions). En plus de la déportation, les deux autres méthodes d’élimination furent les exécutions par les Einsatzgruppen, groupes commandos en charge des fusillades de masse, (25% des morts) et les ghettos, quartiers où les Juifs sont regroupés, barricadés même, (15% des morts).

Et comme expliqué plus haut, si la majorité des victimes de la déportation sont juives, elles ne sont pas exclusivement juives.

Sources

¹ Pourcentages provenant du livre de Yves Temon “L’état criminel. Les génocides au XXeme siècle” via le site web La solution finale de la question juive – In memoriam

Fondation pour la Mémoire de la Déportation

United States Holocaust Memorial Museum (section en français)

Chemins de mémoire (section Les déportations de France)

CNDP > CRDP de Reims > La déportation et le système concentrationnaire nazi

Mémoire juive et éducation

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