Du Jour J à l’Allemagne, ‘D-day to Germany’ – Film de Jack Lieb

Documentaire de Jack Lieb sur la
Seconde Guerre mondiale en Europe:
Pourquoi le connaître et que retenir

Des préparatifs du jour J en Angleterre à l’invasion de l’Allemagne jusqu’à Aix-la-Chapelle

Pourquoi ‘Du jour J à l’Allemagne’ est un documentaire marquant
Plan de séquences
Galerie de photos tirées du documentaire
Contexte: Qui était Jack Lieb et pourquoi ce documentaire
Quelques sites web pour aller plus loin

[Dossier Débarquement et Bataille de Normandie – Anniversaire du 6 juin 1944]


Intégralité du documentaire en version anglaise (voir plus bas pour les possibilités en français)

Pourquoi ‘Du jour J à l’Allemagne’ est un documentaire marquant

Grâce à un tweet des Archives Nationales américaines (National Archives), j’ai découvert un documentaire tourné de fin 1943 à fin 1944 qui m’a séduite par son originalité dans l’authenticité. Ces images méritent amplement d’être connues et reconnues dans leur forme originale par le public scolaire et étudiant comme source primaire de choix.

Pourquoi

  • Images d’époque très largement couleurs. Pour éviter toute ambiguïté, il ne s’ agit pas de colorisation. Il y a des séquences noir et blanc provenant soit de reportages officiels de Jack Lieb tournés pour le groupe Hearst, ou encore de caméra militaires ‘automatiques’, c’est-à-dire postées par l’armée sur les bateaux du débarquement ou les avions. Quelques séquences doivent aussi être tirées d’autres sources d’actualités.
  • Une narration simple et personnelle. Ces images couleurs ont à l’origine été filmées par Jack Lieb pour sa famille et ses proches. Le montage final fait par ses soins l’a été dans un objectif de diffusion tout public, et fut utilisé entre autres pour des enfants de l’âge de sa fille alors en CM1.
  • L’envers du décor militaire. En plus de scènes d’actions, Jack Lieb saisit des moments de détente des reporters et militaires et assouvit sa curiosité d’homme découvrant des lieux célèbres et nouveaux pour lui. La guerre est finie et gagnée depuis 25 ans quand il présente son film et il est en cela libéré de potentielles obligation de maintenir une image combattante et héroïque ou de suivre un discours positif officiel. En plus de scènes riches sur la traversée de la Manche, le débarquement et la progression en Normandie, cela donne lieu aussi à des séquences hors du temps sur le Mont Saint Michel où on retrouve d’ailleurs Robet Capa et Ernest Hemingway, ou bien une baignade improvisée à l’ambiance de camaraderie virile complètement décalée par rapport aux images militaires habituelles. On retrouve aussi l’épisode pendant lequel le défilé de la libération de Paris le 26 août 1944 avec de Gaulle est interrompu par des tirs de collaborateurs, et où on voit la foule au sol, terrorisée, qui contraste avec de Gaulle debout en attente sur un trottoir.

Mon seul vrai regret avec ce film est que Jack Lieb (ou les Archives Nationales dans leur travail ultérieur de mise en ligne) ne précise pas toujours les sources de certaines séquences utilisées au montage pour compléter ses propres films. Le rythme peut être parfois hâché avec des transitions fort peu travaillées. Il faut de toutes façons admettre que le montage est ici un travail délicat puisque ce film n’est pas un tour d’horizon exhaustif sur la campagne d’Europe, et ne traite que de certains épisodes. Donc, je considère que ce sont là des inconvénients mineurs: il faut juste saisir les bienfaits des passages qui peuvent intéresser chacun pour des raisons différentes. D’où d’ailleurs mon ‘plan de séquences’ disponible plus bas pour aider quiconque à trouver son bonheur dans les 45 minutes de film.

Version française

Malheureusement, je n’ai pas trouvé en ligne de version française de ce documentaire. À priori, les seules sources que je vois:


Plan de séquences

Temps – Début Faits marquants de la guerre Dans les coulisses du front
 0:10  Londres avant le débarquement
(monuments incluant Buckingham
Palace avec les gardes en uniforme de guerre; ballons de barrage défensif; enfants au parc; approvisionnement de Londres sur la Tamise; Fleet Street)
 3:38 Sur la côte sud de l’Angleterre
(revue des autres correspondants de guerre; ruines à Plymouth; équipement spécial des jeeps pour le débarquement; compagnons reporters qui vont aussi embarquer sur le LCI (landing craft infantry) 5)
 6:57  Embarquement
(unités du 101 airborne; commandant de la flotte de LCIs et le lieutenant Patton, capitaine du LCI 5 sur lequel Lieb embarque; les hommes se divertissent comme ils peuvent: imitation d’Hitler + chien mascotte)
 9:03  Traversée
(brief de Patton; les hommes ne découvrent que une fois partie que ce n’est pas un entraînement mais le débarquement; images de la flotte avec les ballons de défense alors qu’ils sont près de plages de débarquement;
 10:44  Débarquement: noir et blanc
(scènes prises par une caméra automatique d’un bateau de débarquement anglais; autres scènes prises par Lieb du débarquement sur Utah Beach avec remarque que les fusils sont emballés dans du cellophane; autres images d’hommes abattu en arrivant sur la plage, peut-être tiré des Universal News)
 11:59  Débarquement: couleur
(bateaux échoués avec la marée; bombes; bulldozers préparant une voie de sortie; hommes creusant des trous de protection sur la plage; évacuation des blessés; il fait froid pour un jour de juin; premiers prisonniers allemands qui vont être envoyés en Angleterre; premier poste de commandement avec le général Collins)
 14:19  Buzz bombs au-dessus de l’Angleterre: noir et blanc
(V1 en vol; artillerie anti-aérienne interceptant les V1; dommages causés)
 15:05  Nouvelle traversée de Lieb sur un LST (landing ship, tank) avec la 3rd Armoured Division britannique pour apporter chars et véhicules pour l’avancée sur Cherbourg.
(traversée; bateaux en attente de la marée basse pour tout débarquer; réparation des rampes de débarquement; débarquement des véhicules)
 16:56  Cherbourg
(vue d’une hauteur pour montrer certains dommages; docks et ponts détruits; file impressionnante de prisonniers allemands–Lieb parle de 16 ou 18 000 prisonniers; militaires US utilisant un tableau d’Hitler comme cible de fléchettes; cérémonie du général Collins et VII Corps remettant au maire de Cherbourg un drapeau français confectionné en toile de parachute)
 19:24  Vers Saint-Lô
(Valognes complètement détruite; défenses allemandes installées sur une plage; Barfleur préservé par les Allemands qui ont préféré se retirer; près de Grandville; images incroyables de paysans français faisant la moisson à côté d’artillerie américaine en pleine action; précarité des pistes atterrissage / décollage aménagée avec du fil de fer près de Sainte-Mère-Église avec des avions B47 et mise en place des bombes sur les avions)
 23:51  Actions aériennes en noir et blanc
(collision fatale de 2 avions américains; prises de caméras automatiques fixées sur les avions de combat)
 24:56  Mont Saint-Michel
(Robert Capa; Madame Poulard et l’Hôtel Poulard; GIs visitant le monastère; Ernest Hemingway et d’autres correspondants de guerre; 3 frères orphelins ayant perdu leurs parents à Saint Lô)
 29:02  Bretagne et Normandie
(Militaires et reporters se baignant non loin de la dure bataille de Saint Malo; Edward G. Robinson en Normandie, célèbre acteur américain pour divertir les troupes)
 30:45  Rambouillet
(reporters et le réalisateur George Stevens; explications sur la prise de Paris par Leclerc)
32:16 Paris
(arrivée de Lieb une fois que Paris est libéré; foule et défilé des Champs Élysées avec de Gaulle; troupes américaines paradant; en noir et blanc à partir de 33:21 avec tirs de snipers, foule cherchant à se protéger et snipers (ou tout du moins présentés comme tel) arrêtés et battus; en couleurs: ponts, opéra Garnier, tour Eiffel, vues prises du haut de la tour, Madeleine; Auteuil avec des courses ayant lieu pendant quelques jours à la surprise des Alliés)
38:12 Ardennes et Allemagne
(vues de Houffalize avant la dure bataille de Bastogne; général Collins et général Maurice Rose (qui sera tué en action par les Allemands en mars 1945 ce qui fait de lui le plus haut gradé américain tué par l’ennemi en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale); 3rd Armoured Division avec des enfants allemands; ligne Siegfried; Aix-la-Chapelle sous les feux croisés et en ruine; images couleur de Berlin en ruine qui ne peuvent être celles de Lieb puisqu’il rentre aux USA après Aachen fin octobre ou début novembre 1944)
42:21 Fin de la guerre et au-delà
(général Eisenhower à Kansas City; exposition d’armes allemandes dont une fusée V2, un avion à réaction ME-262, avion long trajet Alles Kaputt pour pouvoir bombarder New York; essai atomique à New Mexico)

Galerie de photos tirées du documentaire


Contexte: Qui était Jack Lieb et pourquoi ce documentaire

  • Ci-dessous vous trouvez une traduction personnelle de l’article d’Audrey Amidon A Newsreel Cameraman’s View of D-Day écrit pour les National Archives.
  • Notez que quand l’article parle de Hearst, il s’agit du groupe de presse Hearst Corporation créé par le célèbre William Randolph Hearst, sujet d’inspiration du film ‘Citizen Kane’ de Orson Welles.

Le jour J vu par un caméraman d’actualités

Jack Lieb s’est embarqué pour l’Europe en 1943 avec deux caméras. Il avait apporté sa caméra 35mm noir et blanc pour couvrir la guerre pour les actualités ‘News of the day’ de Hearst ainsi que sa caméra couleurs 16mm personnelle pour partager des films avec sa famille. Après la guerre, Lieb a monté les séquences couleurs en un film qu’il commentait lors de présentations à travers les Etats-Unis dans des endroits aussi variés que la National Geographic Society à Washington DC et la classe de CM1 de sa fille à Chicago.

Dans le film ci-dessous, offert par la famille Lieb aux Archives Nationales en 1984, vous allez suivre le jour J avec une perspective différente de celle d’un film militaire officiel ou d’actualités commerciales. Avec ce film personnel, Lieb transporte l’auditeur des préparations en Angleterre où il a passé du temps avec les correspondants de guerre Ernie Pyle, Jack Thompson et Larry LaSueur jusqu’à la libération de Paris et finalement en Allemagne. Sur son chemin, Lieb a fixé sur la pellicule 16mm Kodachrome ses expériences, filmant les quidams en France et quelques célébrités occasionnelles telles que Edward G. Robinson ou Ernest Hemingway.

[Légende de photo: Le film de Jack Lieb pour ses présentations est synchronisé avec un enregistrement de 1976 d’une de ses dernières presentations, enregistré par un des fils de Lieb, Warren]

L’histoire cinématographique de Jack Lieb ne se limite pas aux images du jour J. Quand il débarque sur Utah Beach avec un composant maritime de la 82ème division parachutiste (82nd Airborne Division), il avait déjà passé 20 ans à tourner des actualités.

En 1926, Jack Lieb préparait son entrée en médecine au City Collège de New York. Il prit un job d’été chez Hearst et se retrouva avec une caméra 35mm entre les mains filmant des actualités. Lieb ne retourna jamais à l’école: il avait trouvé sa passion. Bientôt, il embarquait sur un bateau pour l’Afrique où il passa plusieurs années tournant pour l’émission de voyages sur Fox ‘The Magic Carpet’. Là – bas, Lieb couvrit des sujets variés, d’un reportage ethnographique sur un mariage masaï à la visite du roi Albert I er de Belgique au Congo belge.

Lieb se retrouva finalement à Chicago, nommé responsable régional de ‘News of the Day’. Quand les Etats-Unis entrèrent dans la Seconde Guerre mondiale, Lieb était trop âgé pour être appelé, mais il était capable et souhaitait utiliser sa caméra pour servir comme témoin de l’action militaire. Caméra en main, Lieb débarqua sur Utah Beach pour filmer l’invasion en Normandie. Les images du film font part de moments plus légers quand les correspondants de guerre et les soldats se reposent, mais ce travail n’était ni sûr ni facile. Ernie Pyle et Bill Stringer, tous les deux montrés dans le film, ont été tués en tant que correspondants de guerre. Heureusement, Jack Lieb est rentré sain et sauf dans sa famille en automne 1944, six mois avant la fin de la guerre en Europe.

Lieb a passé plus de vingt ans avec une caméra en mains, quittant finalement Hearst pour créer sa propre affaire. Au début de sa nouvelle entreprise décrite dans un article du magazine Billboard en 1947, Lieb vend le concept d’une source documentaire télévisée appelée ‘Teletopics’ où les stations de télé locales recevraient des histoires complètes mais muettes alors que des présentateurs liraient des scripts. L’idée est incroyablement similaire à la manière dont les stations de nouvelles locales reçoivent les nouvelles nationales d’organisations plus importantes telle que Associated Press. Lieb était probablement un précurseur. Teletopics n’a pas pas marché et Lieb a démarré une boîte de production. Jack Lieb Productions créa des pubs aux premières heures de la télé, des films d’entreprises, et même des films pour le gouvernement incluant un reportage sur les bateaux hôpitaux pendant la guerre du Vietnam.

‘Du jour J à l’Allemagne’ est remarquable sur divers plans et a une place unique dans les Archives. En plus de l’utilisation de la couleur alors que les autres films des mêmes événements sont noir et blanc, Lieb en retournant la caméra sur lui-même révèle la perspective du caméraman ce qui est rare parmi les films archivés.

Mille mercis à la fille de Jack Lieb, Bette Marshall, qui nous a gracieusement procuré la plupart des informations biographiques pour cet article.


Quelques sites web pour aller plus loin

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