Films préférés sur l’Époque Moderne (série ‘meilleurs films historiques’)

Elizabeth, l'Âge d'Or

Elizabeth, l’Âge d’Or

Mes films historiques préférés dont l’action prend place pendant l’Époque Moderne, entre la Renaissance et la chute de l’Ancien Régime (ou la fin du XVIIIème siècle pour d’autres pays).

Ils sont classés ici par ordre chronologique par rapport à la période traitée. Chaque film est accompagné de sa bande annonce (ou de ce qui s’en rapproche le plus).

Renaissance
Grand Siècle et Lumières

La Renaissance

Aguirre, la colère de Dieu (de Werner Herzog – 1972)

Pays: Pérou, Espagne
(Public jeune – A partir de: Lycée)
En tant qu’adolescente, le film m’avait marqué par l’immense désolation morale et la violence que ces conquistadors infligent non seulement aux indigènes, mais qu’ils utilisent aussi entre eux. La concurrence est âpre et tous les coups permis. Avec ce film, le mythe enfantin du conquérant évoluant avec aisance sur la route de la victoire s’écroulait. Ici, motivations sordides et égoïstes et ambitions destructrices sont révélées, tout cela se passant dans une nature qui devient elle-même un personnage clé par sa vigueur et son hostilité. Le prix à payer est que la véritable histoire de Don Lope de Aguirre dans cette expédition (vers 1560) a été largement transformée par Werner Herzog qui a avant tout chercher à illustrer le mythe dévastateur de l’Eldorado.

Elizabeth et Elizabeth: l’Âge d’Or (de Shekar Khapur – 1998 et 2007)

Pays: Angleterre, Écosse, Espagne
(Public jeune – A partir de: Lycée)
Ces films de Shekar Khapur sont en fait les premiers qui me viennent à l’esprit quand il s’agit de lister des films historiques. Khapur a réussi à allier:
– un point de vue artistique fort avec une esthétique extrêmement soignée
– avec un angle psychologique sur les caractères principaux (servi par des acteurs jouant à merveille)
– et une trame historique essentielle.
On est donc loin du documentaire, et on pourrait sans doute discuter les choix des sentiments attribués à Élizabeth ou autres personnages. Néanmoins, l’étoffe donnée à Elizabeth permet aussi une réflexion passionnante sur le poids du pouvoir dans la vie d’une femme du XVIème. Sur le plan des évènements historiques, le film nous baigne dans les guerres de religion, et en l’occurence, le conflit entre l’Angleterre protestante d’Elizabeth Ière et l’Espagne catholique de Philippe II. Ces films furent aussi pour moi l’occasion de découvrir le fascinant et énigmatique Sir Francis Walsingham à la tête de l’espionnage puis Secrétaire d’État d’Elizabeth, qui ne pourrait guère envier que les moyens technologiques du MI6, mais en incarne déjà l’esprit (oui, je me permets bien un gros anachronisme ici).

La Reine Margot (de Patrice Chéreau – 1994)

Pays: France
(Public jeune – A partir de: Lycée)
Si le film devait être décrit en un seul adjectif, sans l’ombre d’un doute, ce serait ‘sanglant’. ‘Sanglant’ illustre à la perfection le massacre de la Saint-Barthélémy qui est au coeur de la trame narrative de ce film, en plus du mariage de Marguerite de Valois avec Henri de Navarre en 1572. Nous sommes très loin d’un film qui se veuille réaliste ou collant à ce qu’on sait de faits historiques avérés. Rien de surprenant puisque le scénario se base sur le roman éponyme d’Alexandre Dumas. Mais avec des costumes époustouflants, une photographie créant une impression de superposition de tableaux, et une brochette d’acteurs extrêmement convaincants, difficile de ne pas être conquis par ce film. La Reine Margot a le mérite de traiter de la sombre page des guerres de religion en France avec le point culminant de la Saint-Barthélémy, et de la période charnière du passage dynastique des Valois aux Bourbons.

Grand Siècle et Lumières

Cyrano de Bergerac (de Jean-Paul Rappeneau – 1990)

Pays: France
(Public jeune – A partir de: Collège)
Évidemment, j’aime Cyrano pour le texte. Avec le Cyrano en vers d’Edmond Rostand, Rappeneau partait sur un bon pied. Mais il faut reconnaître qu’il l’a servi ‘avec panache’ grâce aux acteurs, costumes et décors. En fait, je mettrais même les décors en premier avec, par exemple, la scène chez le pâtissier Ragueneau qui donne fort envie d’en connaître plus sur les desserts de l’époque et d’aller au-delà de la tartelette amandine. Et puis le temps d’un acte, nous sommes propulsés au siège d’Arras en 1640, épisode de la guerre de Trente Ans, dont les Français finiront pas sortir vainqueurs.

Molière (de Laurent Tirard – 2007)

Pays: France
(Public jeune – A partir de: Collège)
Avec ce Molière, vous allez vous ballader dans la fiction de sa vie vers 1645, avant qu’il ne devienne célèbre. On s’amuse donc avec ce film qui n’a pas le désir de faire découvrir une biographie rigoureuse. Mais l’idée que je salue ici est d’exploiter les comédies écrites par Molière, d’en utiliser des bouts et l’esprit, pour composer une comédie sur la face inconnue de la vie de Molière. Savoureux et drôle, à la Molière!

Film complet

Tous les matins du monde (de Alain Corneau – 1991)

Pays: France
(Public jeune – A partir de: Collège)
Je dois bien l’admettre, je n’ai pas vu ce film depuis sa sortie, il y a tout de même plus de 20 ans, donc je vis ici sur des souvenirs relativement vagues. Mais quel plaisir ce fût de découvrir la viole de gambe, un instrument dont je n’avais pas entendu parler avant. Aussi, de réaliser pleinement par ce film quelque chose qui paraît pourtant théoriquement évident: les instruments de musique ont leur histoire en tant qu’objets techniques, et aussi bien entendu de par l’évolution des tendances. Le clavecin, ancêtre du piano, est plus connu. Grâce à Alain Corneau et le succès de son film, nous savons aussi que avant le violoncelle, il y eût la viole de gambe. Et par ce voyage au temps de Louis XIV, nous voici initiés par les grands parmi les grands violistes, Monsieur de Sainte-Colombe et Marin Marais, contemporains de l’illutre Lully.

Bande annonce vf – Tous les matins du monde

L’allée du roi (série TV de Nina Companéez – 1996)

Pays: France
(Public jeune – A partir de: Collège)
Aux antipodes de La Reine Margot ou de Aguirre où la réalité est plus un prétexte qu’une trame, ‘L’allée du roi’ se distingue par sa volonté de coller de près à la réalité historiques sachant que la lattitude est de toutes façons relativement large pour broder autour de sentiments et anecdotes du quotidien qui nous sont en partie inconnus (malgré la correspondance connue de Madame de Maintenon). Nous assistons grâce à cette production télévisée au fascinant destin de Françoise d’Aubigné, petite fille du célèbre écrivain-poète Agrippa d’Aubigné, mais noble sans le sou qui en épousant l’écrivain Scarron va s’ouvrir une voie… royale! Certainement une des ascensions sociales les plus remarquables de l’Ancien Régime, puisqu’elle deviendra la seconde épouse (plus ou moins secrète, mais pas officielle) de Louis XIV. Vous pouvez vous rafraîchir la mémoire sur Louis XIV avec les grandes dates de la chronologie de Louis XIV en vidéo et PDF.

Royal affair – Liaison royale (de Nikolaj Arcel – 2012)

Pays: Danemark
(Public jeune – A partir de: Lycée)
J’adore me laisser prendre par une histoire totalement inconnue et de me laisser aller au plaisir de la découverte. Soit, cela m’ôte tout regard critique sur le plan historique, mais cela ouvre d’autres horizons. Nous sommes donc transportés dans le Danemark de 1766 à 1772, et nous pouvons suivre l’histoire complètement insolite d’un trio inattendu: la reine Caroline Mathilde, son auguste époux néanmoins ‘fou’, roi du Danemark, Christian VII, et le comte Struense devenu médecin personnel du roi, puis amant de la reine. Christian VII a pour le moins un comportement étrange, une santé psychologique très précaire, et le comte Struense est le seul parvenant à calmer le roi et canaliser sa folie. Son rôle croît jusqu’à tenir les rênes du pouvoir avec le soutien de la reine qui est alors sa maîtresse dans une relation décrite ici comme riche et sincère. Nous assistons aux intrigues politiques pour capter le réel pouvoir alors que le roi n’est qu’un homme de paille. Struense va tenter d’appliquer les principes de la philosophie des Lumières avec en particulier la liberté de la presse (qui va se retourner contre lui) ou encore en tentant d’améliorer le sort des paysans asservis aux nobles propriétaires terriens. Il est aussi fort intéressant d’assister aux débuts de la vaccination de la variole en Occident alors que Struense incite le couple royal à faire inocculer une version faible du virus au prince héritier même, ce qui sera fait avec succès. Mads Mikkelsen, que vous avez peut-être remarqué dans son rôle du Chiffre dans le James Bond Casino Royale, est un magnifique interprète du comte Struense.

Les liaisons dangereuses (de Stephen Frears – 1988)

Pays: France
(Public jeune – A partir de: Lycée)
Madame de Tourvel, Valmont ou Merteuil ne laissent pas indifférents sous les traits séduisants et convaincants de (respectivement) Michelle Pfeiffer, John Malkovitch et Glenn Close. Les décors aussi bien intérieurs qu’extérieurs participent intégralement à la réussite de ce film. L’interprétation de Hampton nous fait pleinement apprécier la plume originelle de Choderlos de Laclos qui avec ce roman épistolaire publié en 1782 défraie la chronique de l’époque en adressant une critique acerbe des moeurs d’une certaine noblesse aisée à la morale peu regardante (quand il s’agit d’elle-même). Adolescente à la sortie du film, c’est d’ailleurs celui-ci qui m’a donné envie de lire le livre qui m’a tout autant enthousiasmée.

Amadeus (de Milos Forman – 1984)

Pays: Autriche (mais République Tchèque pour les décors puisque l’action du film se passe à Vienne mais fut tourné à Prague)
(Public jeune – A partir de: Lycée)
Je réalise complètement que le label ‘film historique’ est très discutable et que Amadeus est avant tout une oeuvre appréciée pour ses échappées dramatiques et l’idée géniale (je pèse bien mes mots), inspirée du ‘Mozart et Salieri’ de Pouchkine, de faire narrer l’histoire par le compositeur Salieri, joué admirablement ici par Fahrid Murray Abraham. L’aspect totalement tragique de la commande mystérieuse du Requiem par Salieri est fantaisiste de par l’origine de la commande, mais vrai par son aspect mystérieux: en effet, Mozart a bien reçu un “messager en gris” d’un commanditaire anonyme pour un Requiem qui ironiquement sera bien son testament musical alors qu’il décèdera avant même de l’avoir achevé (lire à cet égard l’article Mozart n’a pas reçu de Salieri la commande du Requiem). On se laisse porter par le film et le rire très contagieux de Tom Hulce interprétant Mozart. Rire triste aussi quand il prend la teinte de la voix piégée de l’enfant Mozart qui affleure chez l’adulte idéaliste et dévoué à son art, et décalé face aux contraintes matérielles du vrai monde. Est-ce possible d’oublier la scène de l’enterrement de Mozart par jour de pluie (pour une allure évidemment plus dramatique) où son corps est placé dans la fosse commune,  sur fond de Requiem—naturellement?

Ridicule (de Patrice Leconte – 1996)

Pays: France
(Public jeune – A partir de: Lycée)
Le bel esprit devrait-il s’exercer au dépens d’autrui? Apparemment, la cour française du XVIIIème siècle avait décidé que oui. Le destin des courtisans autour de Louis XVI se fait et se défait à coup de bons mots et joûtes verbales. Les choses sont rarement aussi simples, bien sûr, mais on prend grand plaisir avec le film de Leconte de suivre ces traits d’esprit qui pour être exprimés dans un français fort châtié n’en sont pas moins des traits cinglants. Comme aurait pu dire Cyrano: “À la fin de l’envoi, je touche”. Pour le fond de l’histoire de Ridicule, la quête du personnage principal, Grégoire Ponceludon de Malavoy, d’assécher les marais de la Dombes rappelle aux hommes contemporains des contrées riches que l’eau tout étant cet elixir vital est aussi le vecteur de bien des maladies. D’ailleurs, si la malaria (paludisme) peut de nos jours paraître exotique, elle fît des ravages en France, et ne disparût qu’au début du XXème siècle en métropole (avec tout de même une dernière épidémie en Corse en 1970-73). Dans un papier de 1947 sur la régression du paludisme en France, le professeur Callot dit que “Le paludisme, passé au stade historique, ne sévit plus que dans quelques coins très localisés du Morbihan, du Marais breton (Beauvoir-sur-mer) et en Camargue.”

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