La carrière de Jules César illustre la crise et fin de la République de Rome

Biographie de Jules César (programme de 6ème)

La pièce centrale de cet article est une vidéo sur Jules César tenant compte du niveau de connaissance exigé par le programme de 6ème. Je mets aussi à votre disposition les sources utilisées pour les images et photos. Ainsi que des documentaires, ou d’autres documents qui ont retenu mon attention.

Vidéo sur la carrière de Jules César
Photos de Jules César et diagrammes liés à sa carrière
Images des autres personnages de la vidéo
Sélection de documents pédagogiques sur Jules César
Documentaires sur Jules César
Bonus pour une découverte approfondie
Transcription de la vidéo

Vidéo sur la carrière de Jules César

Grâce à la précieuse collaboration d’un professeur d’histoire géographie, j’ai pu m’assurer d’avoir couvert les éléments du programme de 6ème sur Jules César pour cette vidéo partageable directement avec les élèves. Notamment, la vidéo est construite pour couvrir l’angle ‘carrière de Jules César: révélatrice de la fin de la République’.

Une explication sur la carrière des honneurs est intégrée, incluant une définition du rôle du magistrat dans la Rome antique puisque cela ne coïncide pas vraiment avec cette fonction de nos jours.

Autres personnages apparaissant dans cette production luxueuse — et par ordre d’apparition à l’écran: Caius Marius, Sylla, Crassus, Pompée, Vercingétorix.

Au total, oui, je l’avoue, j’en dis plus que ce qui est requis par le programme (mea culpa, le latin s’impose ici). Néanmoins, si vous trouvez la vidéo un peu longue (18 minutes), les élèves peuvent travailler dessus en plusieurs fois vu que des parties sont clairement délimitées.

Photos de Jules César et diagrammes liés à sa carrière

Photos de Jules César, façon de parler vu que les photographes se faisaient très discrets à son époque. En tout cas, photos des bustes, pièces et tableaux représentant Jules César.

Images des autres personnages de la vidéo

Sélection de documents pédagogiques sur Jules César

Jeu quiz interactif ‘Jules César: une carrière politique sous la République’ (par Stéphane Klein)

Rome, de la République à l’Empire: questions et portrait de Jules César (par l’Académie de Caen)

Jules César: comment devient-il l’homme le plus puissant de la République (par Françoise Puges)

Documentaires sur Jules César

Les plus grands héros de l’histoire – Jules César (Toute L’Histoire)

Rome, grandeur et décadence d’une empire – La marche de César (Planète)



César, le conquérant de la Gaule (Toute L’Histoire)

Bonus pour une découverte approfondie

Une sélection tout à fait personnelle de documents qui ont retenu mon attention, soit par la qualité de la narration ou par un certain aspect insolite.

Jules César à la conquête de l’opinion
Yann Le Bohec, invité de l’émission ‘La Marche de l’Histoire’

La carrière de Jules César au travers des textes antiques (site de Philippe Remacle)

Franchir le Rubicon: nos expressions ont une histoire (la Croix)

Le vrai visage de Brutus, assassin de Jules César (Sonia Arnal, Université de Lausanne)

A quoi ressemble Sylla (Sandrine Viollet)


Transcription de la vidéo

Aujourd’hui, avec cette vidéo, nous allons parler de la carrière de Jules César. En particulier, sa carrière politique qui se trouve en fait intimement liée à sa carrière militaire.

Replaçons Jules César parmi les grandes dates de la Rome antique.
La vie de Jules César se trouve clairement à la fin de la République et on va voir ensemble à quel point sa carrière est révélatrice de la crise de la République. Le visionnage de cette vidéo est l’occasion de mener une enquête. Relève bien dans ta tête les indices de cette crise de la République. Et nous en reparlerons à la fin.

I) Jeunesse: carrière politique qui commence ‘au berceau’ (-100-82)

Caius Iulius Caesar est né en 100 av JC dans la famille patricienne des Iulii.
Un patricien est l’équivalent d’un aristocrate. Les familles patriciennes constituent le noyau de la classe dominante. Quand on n’est pas un patricien, on est un plébéien, c’est-à-dire de la plèbe, le peuple.

En tant que patricien, pour poursuivre une carrière politique et devenir magistrat, César doit suivre le parcours classique de la carrière des honneurs, le cursus honorum.
La définition d’un magistrat à l’époque est différente de celle de nos jours. Il s’agissait vraiment d’une fonction politique (un magistrat était élu par les citoyens), et non comme aujourd’hui d’une fonction strictement judiciaire (c’est-à-dire liée à la justice).
Donc, pour revenir à la carrière des honneurs, il s’agit d’un parcours professionnel hiérarchique. En théorie, on doit commencer par le bas et marche par marche, cad élection par élection, monter jusqu’en haut.
Si on est de la plèbe, on n’a pas accès à ces postes, mais on peut rentrer dans une autre sphère de la magistrature en étant élu tribun de la plèbe.

Caius Marius, l’oncle par alliance de Jules César est un homme politique important dont son propre destin va influencer les choix de jeunesse de César. Ainsi, Caius Marius, militaire victorieux et consul à multiples reprises rentre en conflit ouvert avec Sylla, autre grande figure de la politique de l’époque. Leur confrontation dégénère en une double guerre civile dont les épisodes les plus sanglants ont lieu en -88-87 (César a 12-13 ans) et -83-82 (17-18 ans). La République de Rome souffre de grandes tensions dues essentiellement à deux problèmes:
– les habitants des régions conquises en Italie souhaitent la citoyenneté romaine complète avec les avantages qui vont avec.
– une certaine confusion entre pouvoir militaire et pouvoir politique avec une concentration possible des pouvoirs aux mains d’un même homme (ce qui arrivera à Caius Marius et plus tard à Sylla).

II) Parcours relativement classique – carrière des honneurs: de son premier passage dans l’armée à sa première fonction de consul (-82-59)

Après la mort de son oncle Caius Marius, quand Sylla est à la tête de Rome comme dictateur (le dictateur qui est un consul aux pouvoirs exceptionnels, mais on en reparlera plus tard), Jules César s’engage dans l’armée et part à l’étranger pour se mettre en sûreté. Il sert à Mytilène et en Cilicie (actuelle Turquie).
C’est de toutes façons une excellente opportunité pour lui puisque pour s’engager ensuite dans la carrière des honneurs, il lui est indispensable d’avoir été militaire auparavant.

De retour à Rome, César va se lancer activement dans sa carrière des honneurs et gagner de façon appliquée chaque élection nécessaire pour être questeur, édile puis prêteur. Bien qu’il serve à divers rôles, une constante dans la carrière du jeune César est son audace pour intenter des procès osés contre des personnes en vue et utiliser son éloquence exceptionnelle. Même son contemporain Cicéron, pourtant non suspect d’amitié excessive envers César, écrit: ” César est peut-être de tous nos orateurs celui qui parle le latin avec le plus d’élégance.”

En plus des fonctions du parcours obligé, César va aussi être choisi en -63 pour devenir pontifex maximus, la fonction religieuse suprême décernée à vie. Pour obtenir ce poste prestigieux, il doit mener une campagne (comme le font les hommes politiques de nos jours) fort coûteuse. Ses dettes seront financées par un homme essentiel pour sa carrière, Crassus.

Crassus est une des plus grandes richesses de Rome et s’est aussi couvert de gloire en réprimant la révolte des esclaves menée par Spartacus. Dans cette course acharnée au pouvoir, Crassus fait partie des alliés puissants de Jules César. C’est avec lui et un autre personnage illustre de la scène politique de l’époque, Pompée, que César va former une alliance en -60.
Pompée a acquis la gloire militaire avec sa victoire au Proche-Orient (il sera déclaré ‘imperator’ et pourra faire un triomphe à la romaine, un défilé dans Rome en grande pompe, privilège très rare).

Cette alliance à trois, nommée pour cela Triumvirat, est un accord secret. Elle a pour objectif de porter Jules César au poste de consul. Objectif qui sera atteint en -59.

III) Guerres: La Gaule et Pompée (-58-48)

Après son poste de consul, César est nommé gouverneur (ou proconsul) de la Gaule transalpine et de la gaule cisalpine qui sont des provinces romaines, cad déjà conquises. Être gouverneur c’est être responsable ou être la plus haute autorité d’une zone conquise puis administrée par Rome.
A l’époque, devenir gouverneur après avoir été consul est une poursuite de carrière très classique.
Pourtant ici, César a réussi à obtenir un poste de gouverneur avec une magnitude de puissance toute particulière:
– il gouverne non pas une seule mais trois régions: Gaule cisalpine, Gaule transalpine et l’Illyrie
– il est à la tête de 4 légions (une force militaire considérable)
– et ce pour 5 ans (à la place de 1) (il obtiendra aussi ensuite un second mandat)
Cela n’arrive pas par hasard: César a besoin de gloire, prestige et butin (ressources financières) et la perspective de la conquête du reste de la Gaule, la Gaule chevelue, est très prometteuse.

Au début de son absence de Rome, son pouvoir va rester fort en la capitale grâce à ses alliés Pompée et Crassus qui assurent ses arrières. Mais en -53, la situation bascule: après la mort de Crassus (son fidèle et richissime allié) et celle de Julia la fille de César qui était aussi l’épouse de Pompée, César et Pompée ont leurs ambitions qui vont s’affronter directement. L’équilibre de l’ancienne alliance est rompu.
En -52, Pompée devient consul unique et son objectif est d’empêcher César de pouvoir se représenter pour un nouveau poste de consul.

Mais reconcentrons-nous sur les accomplissements de César et plus particulièrement ses conquêtes militaires de la gaule chevelue entre -58 et -51.
Regardons une carte pour bien comprendre ce qui se passe. Un élément important à comprendre est que les Romains en Gaule s’appuient sur des tribus locales pour asseoir leur pouvoir: c’est un classique jeu d’alliances; il y a des tribus pro-Rome, d’autres moins, et évidemment les jeux se font et se défont. Par exemple, les Éduens faisaient partie de ces tribus favorables à Rome à cette période. Or, un peuple voisin de la Gaule transalpine, les Helvètes, se fait remuant et se met à pousser hors des frontières, à déborder sur le territoire des Éduens.
César va utiliser ce prétexte pour intervenir et faire une campagne pour remettre les Helvètes à leur place.
Et de fil en aiguille, en poursuivant la même logique d’alliance avec certaines tribus contre des ‘envahisseurs’, germains puis belges, César enchaîne plusieurs campagnes qui sur cette carte suivent un mouvement circulaire dans le sens inverse des aiguilles d’une montre.
L’équilibre des alliances des tribus avec ou contre Rome est assez mouvant, et progressivement la résistance gauloise contre Rome s’affirme.

En -52, Vercingétorix, un chef gaulois et plus précisément arverne (Auvergne actuelle), devient la figure de proue de cette résistance gauloise et parvient à rallier une large majorité des tribus. Nous savons relativement peu de choses de Vercingétorix (d’ailleurs, nous ne savons pas vraiment à quoi il ressemble), mais on pense qu’il a sûrement été de cette noblesse gauloise qui a d’abord combattu dans les légions romaines, puis s’est retournée contre Rome quand l’envahisseur romain est devenu, et bien, vraiment trop envahissant.
Deux batailles célèbres marquent cette opposition de Vercingetorix à César. Gergovie au printemps -52, une victoire des gaulois. Et Alésia à l’été -52, où César a tiré les leçons de la défaite du siège de Gergovie. A Alésia, il met en place tout un dispositif de doubles remparts avec tours, palissades, fossés, pièges pour encercler la ville et empêcher les gaulois de sortir. Les renforts, la grande armée de secours envoyée à Vercingetorix, n’arriveront pas à percer les lignes romaines. Vercingetorix doit finir par se rendre et la Gaule est conquise. Ou plutôt, c’est ainsi que César relate cette victoire à Rome dans son recueil ‘Commentaires sur la guerre des Gaules’. C’est une sorte de rapport destiné au Sénat de Rome pour défendre ses choix durant cette guerre. C’est donc une vue partiale, celle de César, sur cet événement. Mais c’est aussi pour nous la seule source primaire (d’origine) qui nous est parvenue.
Quoi qu’il en soit, Jules César est pressé de clore sa conquête pour rentrer sur Rome et se présenter aux élections pour le poste de consul.

Même après cette conquête, la situation est compliquée pour César car ses opposants, Pompée en tête, font tout pour l’empêcher de se représenter pour être consul. Un général romain n’a pas le droit de se présenter sur le territoire italien avec ses armées, mais César sait qu’il est trop faible sans ses armées, que cette puissance militaire est alors son atout majeur. Il défie la loi et traverse le Rubicon (une rivière marquant la frontière italienne) avec ses légions en janvier -49. D’ailleurs, l’expression est restée. Quand on dit de quelqu’un qu’il a franchi le Rubicon, cela veut dire qu’il a pris une décision risquée pour laquelle il n’y a pas de retour en arrière possible.

Pompée ne va pas en rester là. Et c’est le début d’une nouvelle guerre civile entre les partisans de Pompée et ceux de César. Nous en sommes à 3 guerres civiles en 40 années! Est-ce ainsi qu’un état peut fonctionner? Est-ce un bon signe qu’en cas de désaccord les personnes au pouvoir puissent utiliser des armées les uns contre les autres? Je ne ferai pas durer le suspens sur l’issue du conflit: César gagne. Pompée perd la vie en -48 en Égypte. Décapité par Ptolémé XIII, roi d’Egypte, frère et rival de Cléopâtre, la tête de Pompée est livrée à César.

Mais ce ne fût pas simple pour César. Dans toute cette agitation et action, César ne pourra présenter ses 4 triomphes pour célébrer ses victoires (dont la Gaule) que en août et sep -46. Vercingétorix sera exécuté à cette occasion. Il sera resté prisonnier à Rome pendant 6 ans. La guerre contre le camp de Pompée continue même jusqu’en -45 en passant dans l’actuelle Tunisie et l’Espagne.
Pendant toute cette période trouble, César a néanmoins assuré le pouvoir. Comment?

IV) Au faît de sa puissance jusqu’à sa mort: dictateur, imperator (-48-44)

Et bien César va se faire nommer ‘dictateur’ en -47. En fait, il sera même nommé dictateur en -49 au début du conflit avec Pompée avant d’être ré-élu consul en -48. On s’y perdrait presque avec tous ces mandats, non?

Qu’est-ce qu’être dictateur?
C’est une fonction donnée à quelqu’un par le sénat, c’est un magistrat extraordinaire et temporaire à qui on donne les pleins pouvoir, l’imperium. Le titre n’est pas créé pour César. C’est appliqué généralement en cas de crise, de guerre et en particulier de guerre civile. C’est arrivé très souvent au V, IV et IIIème S avant JC. Et plus récemment, comme on en a parlé il y a quelques minutes, le titre a aussi été décerné à Sylla.
La nouveauté avec César est qu’il va étendre son imperium aussi sur les tribuns de la plèbe (les élus du peuple qui ont un status à part), et en plus de cela, en -44, ce n’est plus un titre temporaire, mais il devient dictateur à vie.

Il faut rendre à César ce qui lui appartient et cette période de 3 ans avec des pouvoirs exceptionnels, avec une –pour ainsi dire– toute puissance, lui a permis d’accomplir des choses. Avec la vente du butin de ses conquêtes (entre autres 1 million d’esclaves), il a récolté 600 millions de sesterces pour financer ses promesses et projets. En particulier, il va faire construire de nouveaux bâtiments comme le nouveau forum et la première bibliothèque publique de Rome. Il inaugure aussi le calendrier julien, qui est quasimment celui utilisé encore de nos jours. Et le nom du mois de juillet est un hommage au nom de Jules César de la famille des Iulii.

Le sénat attribue à César par flatterie obséquieuse des privilèges tel que porter la pourpre, ou la couronne de lauriers à titre permanent. Ou encore avoir un trône en or. Ces symboles combinés à la situation réelle où un homme a un pouvoir absolu attise la peur qu’il devienne roi et mette fin à la République. Et rien ne fait plus peur à des républicains que la menace planante d’une monarchie. Ceci dit, c’est une vraie question: qu’est-ce qui peut advenir à l’état quand un homme qui monopolise tant de pouvoir disparaît ? qu’y a-t-il à sa suite? une nouvelle guerre civile?
Des hommes ont décidé de prendre le devant et précipiter la réponse à ces questions. Un complot est mené par deux sénateurs, Cassius (nourrissant une rancoeur de ne pas avoir été nommé consul par César) et Brutus (qui n’est pas le fils adoptif de César mais certainement un ‘jeune loup’ qu’il affectionne). L’assassinat a lieu aux Ides de Mars -44 (15 mars) au sein du sénat. 60 sénateurs sur 600 étaient impliqué dans la conjuration. Plus de 20 coups de couteaux furent porté dont celui de Brutus.

Jules César est mort, à 66 ans. On a abrégé sa carrière pourtant déjà fort tumultueuse. Devine ce qui suit la mort de César? Oui, une autre guerre civile entre les partisans de César et les conjurés de l’assassinat. L’empire sera officiellement proclamé en -27.

En conclusion, repensons d’abord en quoi la carrière de César est révélatrice des dysfonctionnements et de la crise de la République:
– une loi, comme l’interdiction de pénétrer en Italie avec ses armées, peut être bafouée ouvertement
– les désaccords entre personnages puissants se règlent à coup de guerre civile, cad que le pouvoir militaire prime sur le pouvoir démocratique
– les pouvoirs sont concentrés aux mains d’un seul homme à la barbe du sénat qui ne parvient pas à renverser l’étiolement de son propre pouvoir.

Jules César a perpétuellement jonglé entre le parcours traditionnel et l’exceptionnel. Il a une ambition exceptionnelle et la confiance nécessaire pour passer à des actes exceptionnels, néanmoins seulement lorsque la recherche de légitimité par les canaux plus classiques n’a pas fonctionné. C’est un stratège avec un esprit guerrier avant tout. D’ailleurs, pense au nombre d’années passées en campagne à combattre. Rien que pour la Gaule, il passe 9 ans avec ses légions hors d’Italie. Il ne légiférera en tant que consul ou dictateur que 7 ans.

You may also like...

Leave a Reply

Follow on Feedly