L’appel du 18 juin 1940 du général de Gaulle: Le début de la résistance et de la France Libre

Transcription de la vidéo

Avec la vidéo: le contexte avant le texte

Faisons ensemble l’analyse du contexte qui a entraîné l’appel du 18 juin 1940. En une synthèse d’un peu plus de 10 minutes, tu sauras ce qu’il y a à savoir et à retenir du général Charles de Gaulle, du début de la seconde guerre mondiale avec une drôle de guerre qui n’a pas fait tant rire que cela, et une bataille de France perdue (oui, mais ce n’est pas parce qu’on perd une bataille qu’on perd… mais je m’emballe), du maréchal Philippe Pétain, et du ”so British” Winston Churchill.

Appliquons pour cela une méthode qui a largement fait ses preuves (le CQQCOQP – si ce n’est pas du beau moyen mnémotechnique pour s’en souvenir, hein?) et passons en revue le quoi, qui, où, comment, quand et pourquoi de l’appel du 18 juin.

Questions préambule au texte de l’appel du 18 juin

Mais ce n’est pas fini! Avant de lire le texte, étudie ces cinq questions qui vont t’aider à cerner l’esprit du général de Gaulle:

1. Le texte s’articule en trois parties: est-ce que tu peux les discerner?
Indice: les thèmes des trois parties sont
– situation actuelle: les raisons de la catastrophe militaire
– pourquoi espérer une victoire finale de la France
– action concrète: résister en rejoignant le général de Gaulle

2. Le général de Gaulle fait poliment ressortir l’incompétence de qui? Quelles sont les deux phrases, ou morceaux de phrase, qui en parlent?

3. Quels sont les atouts de la France pour retourner la situation?
Indice: Il y en a trois essentiels.

4. De quel discernement aigu fait part le général de Gaulle sur l’ampleur du conflit?

5. Finalement, que représente le général de Gaulle pour la France?
Indice: il utilise une jolie expression pas particulièrement pour se qualifier lui-même, mais dont il est une excellente incarnation.

Texte de l’appel du 18 juin 1940

“Les chefs qui, depuis de nombreuses années, sont à la tête des armées françaises, ont formé un gouvernement.

Ce gouvernement, alléguant la défaite de nos armées, s’est mis en rapport avec l’ennemi pour cesser le combat.

Certes, nous avons été, nous sommes, submergés par la force mécanique, terrestre et aérienne, de l’ennemi.
Infiniment plus que leur nombre, ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui nous font reculer. Ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui ont surpris nos chefs au point de les amener là où ils en sont aujourd’hui.

Mais le dernier mot est-il dit ? L’espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non !

Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et vous dis que rien n’est perdu pour la France. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire.

Car la France n’est pas seule ! Elle n’est pas seule ! Elle n’est pas seule ! Elle a un vaste Empire derrière elle. Elle peut faire bloc avec l’Empire britannique qui tient la mer et continue la lutte. Elle peut, comme l’Angleterre, utiliser sans limites l’immense industrie des Etats-Unis.

Cette guerre n’est pas limitée au territoire malheureux de notre pays. Cette guerre n’est pas tranchée par la bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale. Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances, n’empêchent pas qu’il y a, dans l’univers, tous les moyens nécessaires pour écraser un jour nos ennemis. Foudroyés aujourd’hui par la force mécanique, nous pourrons vaincre dans l’avenir par une force mécanique supérieure. Le destin du monde est là.

Moi, Général de Gaulle, actuellement à Londres, j’invite les officiers et les soldats français qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s’y trouver, avec leurs armes ou sans leurs armes, j’invite les ingénieurs et les ouvriers spécialistes des industries d’armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s’y trouver, à se mettre en rapport avec moi.

Quoi qu’il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas.

Demain, comme aujourd’hui, je parlerai à la Radio de Londres.”

Sources

L’appel du 18 juin 1940 du général de Gaulle et son impact jusqu’en 1945 (Numéro spécial de la Revue de la Fondation de la France Libre – Septembre 2009)

Dossier – Pour mémoire: L’appel du 18 juin 1940 (Pour le CNDP – Réalisé par Pierrick Hervé)

Dossier thématique: 1940-44 La seconde guerre mondiale – L’appel du 18 juin (Fondation Charles de Gaulle)

Chronologie de l’appel du 18 juin 1940 (Assemblée Nationale – Pour l’accès aisé des vidéos de l’INA pertinentes)

Chronologie du nazisme et de la deuxième guerre mondiale (Encyclopédie B&S Editions – Pour la carte utilisée dans la vidéo)

World War II: Axis invasions and the fall of France (The Atlantic – Pour les photos du conflit)

Transcription de la vidéo

‘Enfants de l’Histoire’ présente “L’appel du 18 juin 1940 du général de Gaulle: Le premier des appels à la résistance – Le début de la France libre”.

Alors, je vais être très claire dès le début pour ne pas créer de fausses attentes: cette vidéo n’est pas un enregistrement de l’appel du 18 juin 1940. Mais c’est une vidéo qui va t’aider à décrypter et à comprendre l’appel du 18 juin. C’est parti pour une analyse que nous allons faire ensemble!

Quand tu veux analyser un document, tu commences par te poser quelles questions? Toujours les même en fait, issues d’une méthode d’analyse vieille comme le monde, exhaustive et qui marche à tous les coups et qu’on appelle, CQQCOQP, qui est le moyen mnémotechnique de se souvenir des questions:

  • comment
  • quoi
  • qui
  • combien
  • quand
  • pourquoi

Et pour nous aujourd’hui, nous allons prendre ces questions dans l’ordre suivant, ordre qui nous servira donc de plan pour cette vidéo:

  • quoi
  • qui
  • comment
  • quand
  • pourquoi

Commençons donc avec le QUOI:

C’est un appel, c’est-à-dire un discours. Une personne qui s’adresse à plein de personnes, ce qui nous mène naturellement à la question suivante, le QUI.

C’est le Général de Gaulle qui parle et qui s’adresse à tous les francais. C’est un homme de 50 ans, un militaire formé dans la plus pure tradition à l’école de Saint Cyr. C’est un homme qui a déjà prouvé sa clairvoyance, et son indépendance d’esprit grâce à ses vues sur la manière dont l’armée devrait évoluer. C’est un théoricien novateur de l’arme blindée. Il a en l’occurence publié dès 1934 un livre ‘Vers l’armée de métier. Et en 1939, un mémorandum, ‘L‘avènement de la force mécanique.

Néanmoins, point important, le général le 18 juin 1940 n’est investi d’aucun rôle officiel par l’état français. Il a été du 5 au 16 juin 1940 seulement, sous-secrétaire d’État à la guerre et à la défense nationale.  Il ne l’est plus, et donc, au moment où il fait le discours, il ne représente pas l’État français, bien au contraire. C’est de sa propre initiative qu’il rédige et fait ce discours.

Il est à Londres, capitale du Royaume-Uni. Il a quitté le territoire français le 17 juin. Le 16 juin en revenant justement d’une mission à Londres, il apprend en atterrissant à Bordeaux qu’il n’est plus sous-secrétaire car le gouvernement auquel il appartenait, chapeauté par Paul Reynaud, a dû démissionner. Là, pressentant que le nouveau gouvernement français mené par le Maréchal Pétain va s’orienter vers un armistice, il prend la décision de quitter le territoire et retourner sur Londres. C’est grâce au soutien de Winston Churchill, alors Premier Ministre britannique, et qu’il a déjà rencontré lors de ses missions, qu’il va pouvoir… Qu’il va pouvoir faire quoi?

Et là nous répondons à la question du COMMENT de l’appel du 18 juin.

Donc le comment: comment va-t-il pouvoir s’adresser aux français? À la radio. À la radio anglaise, la BBC, dont on voit ici le siège à Londres dans les années 40. BBC qui diffuse aussi à l’étranger. Tout le monde ne peut pas passer à la radio comme ça. On ne se réveille pas le matin en se disant, tiens je vais parler à la radio, et boum, le soir tu passes à la radio. Donc l’aval donné par Churchill pour faire ce discours a été crucial. 

Maintenant, QUAND.

La réponse à cette question paraît évidente puisqu’on parle de l’appel du 18 juin 1940.

Mais l’appel du 18 juin 1940 est simplement le premier d’une série d’appels. Et en fait, aucun enregistrement du 18 juin n’a été gardé. Donc, l’appel que tu as peut-être déjà entendu ou que tu entendras quelque part sera un enregistrement d’une date ultérieure, vraisemblablement de l’appel du 22 juin.

Qui plus est, le texte lui-même revendiqué et officialisé comme celui du 18 juin (et mis en ligne entre autres sur le site Enfants de l’Histoire) n’est certainement pas le texte exact écrit et lu par le Général le 18 juin.  Les autorités anglaises avaient un peu édulcoré le début car ils pensaient qu’il y avait encore un espoir pour que le gouvernement de Pétain ne signe pas l’armistice avec les Allemands.

Le QUAND est vraiment une question essentielle ici pour la compréhension de l’appel du 18 juin. Pourquoi cet appel en ce jour précis, et par exemple pas la veille?

Il faut voir le contexte plus général, la guerre dans laquelle la France est entrée avec le Royaume-Uni, contre l’Allemagne le 3 septembre 1939 après l’invasion de la Pologne par les Allemands. La France est donc en guerre, mais pendant des mois, le conflit va être appelé la “drôle de guerre”, non pas qu’on se marre bien sur le front, mais “drôle” dans le sens “bizarre” car c’est le calme plat. La France et la Grande-Bretagne ne vont pour ainsi dire pas bouger et attendent bonnement que l’Allemagne en ait fini avec la Pologne et attaque de leur côté…

Finalement, le 10 mai 1940 la Bataille de France commence, c’est-à-dire la campagne lancée par l’Allemagne pour envahir la France. L’Allemagne s’est lancée dans la Blitzkrieg, la Guerre Eclair (définie par la synchronisation des actions aériennes et celles des blindés pour créer des percées en des points précis), et l’Allemagne met à bas sans difficulté les pays pourtant neutres que sont les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg. Les Allemands traversent ces pays pour pénétrer en France mais vont aussi les occuper.

Ensuite, c’est la déculottée pour la France. Ce qui ne veut pas dire d’ailleurs que les français ne se soient pas hardemment battus d’ailleurs. Le problème était ailleurs. Je ne vais pas rentrer dans les détails ici car cela devrait être le sujet d’une vidéo en soit, mais bilan des courses, le 14 juin, les Allemands sont à Paris qui a été déclarée ville ouverte (c’est-à-dire il a été annoncé qu’elle ne combattra pas), et le 19 juin à Brest, la toute pointe de la Bretagne.

Et enfin, alors que nous nous rapprochons du jour fatidique du 18 juin, un fait essentiel à la convergence du QUAND et du POURQUOI.

Le 16 juin au soir, le maréchal Pétain devient Président du Conseil (Premier Ministre). Le maréchal est, soit, un des héros de la Première Guerre mondiale, mais il a aussi une vision clairement défaitiste de la situation militaire désastreuse. Si défaitiste que dès le 17 juin, pour son premier discours adressé aux Français à la radio, il annonce qu’il va demander à négocier un armistice avec les Allemands. Et avec cette phrase célèbre de son discours, “C’est le coeur serré que je vous dis aujourd’hui qu’il faut cesser le combat”, il met à bas l’esprit de combat des troupes françaises alors même que l’armistice n’est pas encore signé.

Note que un armistice est différent d’une capitulation. En signant une capitulation seulement, la France aurait pu reconnaître sa défaite militaire. Qui plus est, la capitulation aurait pu être signée par les armées de la métropole uniquement et laisser ouvert le combat des armées coloniales. Aussi, les instances politiques auraient pu s’exiler comme le firent les Belges, et Hollandais. L’annonce de la négociation d’un armistice est un geste politique considérable: l’état français se désolidarise de son allié anglais. Et quand l’armistice sera signé avec l’Allemagne, la France se retrouvera dans des eaux politiques étranges: pour le moins neutre envers l’Allemagne et voire même alliée de l’Allemagne sur le territoire français puisqu’il y aura collaboration. Donc, l’armistice a une portée géo-politique énorme.

Et donc, nous arrivons au POURQUOI de l’appel du 18 juin.

Le discours du Général de Gaulle est une réponse directe à celui du Maréchal Pétain du 17 juin 1940.

De Gaulle va se positionner en entrant en résistance. Non seulement, il refuse la perspective d’un armistice, mais il va au-delà en ouvrant une seconde voie: celle de l’action et de la lutte contre l’occupation par les allemands. Il était convaincu que Pétain ne reculerait pas après avoir annoncé une demande de négociation d’armistice avec les Allemands. Et en effet, le discours du 17 juin était bien le prélude à un armistice signé le 22 juin 1940.

Maintenant qu’on a fini l’analyse de ce qui a mené à l’appel du 18 juin, ce serait un bon moment pour en lire le texte. Tu peux mettre la vidéo sur pause et aller par exemple sur enfantsdelhistoire.com. Si l’article sur l’appel du 18 juin n’est plus en première page, il sera accessible en cliquant sur seconde guerre mondiale ou XXème siècle. Et dans cet article, j’ai mis 5 questions qui t’aideront à décrypter le texte de l’appel lui-même. Cela t’assurera ainsi de ne pas passer à côté des choses les plus importantes.

Si tu continues sur la vidéo, et bien, nous allons attaquer la CONCLUSION en parlant de l’impact qu’a eu cet appel.

Combien de personnes ont entendu en direct l’appel du 18 juin? On ne peut pas donner un chiffre, mais sûrement relativement peu. Pourtant grâce à la presse, entre autre française, mais pas seulement, qui en reprend des extraits dès le lendemain, grâce à plusieurs appels sur le mois de juin et une série d’affiches placardées en Angleterre en août, le bouche à oreille est lancé. Les français vont savoir qu’un homme français résiste à partir de Londres. Qu’il est un militaire avec des idées ainsi qu’une expérience de la politique, et a la reconnaissance du Premier Ministre anglais. Churchill, dès le 28 juin 1940, le reconnaît comme “chef de tous les Français libres”. Le 18 juin marque donc bien le début de la résistance et de la France Libre.

Pourtant, la partie est encore loin d’être gagnée pour de Gaulle. Fin juillet 1940, il n’y a que 7,000 français engagés dans les Forces de la France Libre ou Forces Françaises Libres. Que d’eau va couler sous les ponts entre le 18 juin 1940 et l’armistice signé presque 5 ans plus tard, le 7 mai 1945. Quel travail continu et obstiné pour devenir le leader non seulement de la résistance extérieure mais aussi de la résistance intérieure, celle qui se développe sur le territoire français. Pour asseoir la présence de la France à la table de la capitulation de l’Allemagne en 1945 et ensuite être un des 5 membres permanents de l’ONU parmi les Alliés en 1945.

Donc j’espère que tu appris plein de choses sur l’appel du 18 juin, et je pourrais dire de tous les appels du mois de juin de de Gaulle. Et j’espère qu’on va se retrouver au prochain épisode des ‘Enfants de l’Histoire’.

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