Mémoire et guerre d’Algérie: les aveux du général Aussaresses sur la mort de Maurice Audin

Objectif de cet article:

  • Comprendre à travers l’affaire Audin que la torture et les exécutions sommaires utilisées par l’armée française pendant la guerre d’Algérie se faisaient avec l’aval des autorités civiles françaises.
  • Illuster que la recomposition de l’Histoire avec un maximum d’objectivité est un long processus qui nécessite souvent que les acteurs / témoins principaux incriminés soient décédés.

ACTUALITÉ

Interview du 8 janvier 2014 de Jean-Charles Deniau et Benjamin Stora sur France Inter

Réaction de la famille Audin à la publication de ‘La vérité sur la mort de Maurice Audin’

ALLER PLUS LOIN POUR MIEUX COMPRENDRE L’INTERVIEW

Résumé de l’affaire Maurice Audin / Acteurs principaux

Article / interview antérieurs du général Aussaresses

Vers une reconnaissance officielle des exactions commises par l’État français pendant la guerre d’Algérie

 

La vérité sur la mort de Maurice Audin, éditions des Équateurs

Voilà seulement un mois que le général Aussaresses est décédé (le 3 décembre 2013) et un livre, La vérité sur la mort de Maurice Audin, édition des Équateurs, est publié le 9 janvier 2014, qui semble clore toutes les questions autour de la mort de Maurice Audin grâce entre autres à la confession d’Aussaresses avant sa propre mort.

Clore, encore que… Je vous laisse découvrir ce que la famille Audin, en particulier la veuve de Maurice Audin, pense de ce livre. Reste à voir les témoignages qui pourraient encore être récoltés ou documents trouvés pour aboutir à une conclusion finale. Patience et pondération: sûrement deux qualités développées par l’histoire.


 

ACTUALITÉ

Interview du 8 janvier 2014 de Jean-Charles Deniau et Benjamin Stora sur France Inter

C’était relativement fascinant d’écouter Jean-Charles Deniau (auteur de ‘La vérité sur la mort de Maurice Audin’, journaliste et documentariste) et Benjamin Stora (historien, spécialiste de l’Algérie contemporaine et de la décolonisation) qui interviewés par Patrick Cohen expliquent les tenants et aboutissants de la soit-disant disparition de Maurice Audin, membre du Parti Communiste algérien, pendant la bataille d’Alger en 1957, et commentent ce qui est véritablement arrivé.

Résumé des interviews: éléments marquants

PARTIE I

  • Maurice Audin n’a pas disparu malgré que ce soit encore de nos jours la version officielle de l’armée. Il ne s’agissait pas d’une bavure commise par Charbonnier ou une crise cardiaque lors de l’interrogatoire, les thèses les plus souvent entendues.
  • Les aveux du géneral Aussaresses quelques mois avant sa mort confirment qu’il a été torturé et exécuté sur ordre du général Massu avec le consentement des officiels civils.
  • Massu a tout fait jusqu’au bout pour que la vérité ne soit pas révélée.
  • L’assassinat d’Audin devait être un exemple pour impressionner les européens et les dissuader de prendre parti pour le FLN.
  • Grâce au témoignage de Pierre Misiri (sous-officier), on sait aussi que Maurice Audin est probablement enterré dans une fosse dans les faubourgs d’Alger; à priori vers Zeralda, Kolea, ou Larbaa.
  • Massu était obnubilé par l’implication du Parti Communiste dans le conflit algérien et considèrait à tort que le FLN était incapable de concevoir des bombes. Pour appréhender ce point de vue, il faut replacer la guerre d’Algérie dans le contexte de la guerre froide et dans l’après défaite française en Indochine. Le Parti Communiste était donc devenu l’ennemi publi numéro 1 après que le FLN ait été décapité.
  • Le cas Audin est important car emblématique du besoin de savoir la vérité pour que les proches des disparus puissent faire le deuil. Les disparus englobent les 3024 disparus algériens, et aussi les disparus européens du 5 juillet 1962 à Oran ainsi que les soldats français disparus.
  • Dans cette recherche de la vérité, hommage est à rendre aussi à Yves Courrière qui dès 1969, avec le livre Le temps des léopards, rend compte de ce qui s’est passé vraiment passé en Algérie tout en masquant les noms avec des initiales.
  • Pour comprendre les soutien et reconnaissance officiels que les généraux Massu et Bigeart ont eu jusqu’à leur mort de la part des autorités françaises, alors que le général Aussaresses a été renié pour avoir reconnu la torture en Algérie dès 2000, il faut saisir l’importance politique de l’armée en janvier 1957. C’est ce pouvoir politique qu’elle endosse en plus du rôle militaire et policier qui assurera leur protection sur le long terme.

PARTIE II

Josette Audin, la veuve de Maurice Audin, se joint à Jean-Charles Deniau et Benjamin Stora.

  • Mme Audin exprime tout de suite son désaveu du livre dont elle n’a eu connaissance que la veille. Elle considère que M. Deniau cherche juste à exploiter le nom de son mari et que le livre n’exprime pas la vérité mais celle du général Aussaresses qui n’est pas forcément la bonne.
  • Jean-Yves Le Drian a remis les archives de l’armée à Mme Audin il y a quelques mois sur le cas de son mari, ce qui n’a pas éclairé grand-chose.
  • Mme Audin attend une reconnaissance officielle du président français, reconnaissance et condammation qui irait au-delà de celle du président Hollande à Alger le 15 décembre 2012.
  • M. Deniau rappelle que quiconque a le droit de travailler sur le cas Audin sans en demander l’autorisation à Mme Audin. Il espère que le status officiel d’Audin reporté disparu puisse être changé grâce au livre.
  • Un autre témoignage important est celui de l’homme qui aurait porté le coup de couteau, ex-aide de camp de Massu, adjoint d’Aussaresses et qui avait trouvé la villa des Tourelles où étaient exécutées les “basses oeuvres”. Lire: article de Nathalie Funes sur Les derniers secrets de l’affaire Audin ainsi qu’un communiqué de la Ligue des Droits de l’Homme de Toulon pour l’identité de l’exécutant
  • Benjamin Stora fait remarquer les pas en avant vers la reconnaissance avec les déclarations de François Hollande à Algers le 15 décembre 2012, celles de Jacques Chirac avec les condamnations des massacres de Sétif et Guelma en 2005, via la visite des ambassadeurs Hubert Colin de Verdière et Bernard Bajolet à Sétif et Guelma, discours de Constantine de Nicolas Sarkozy.
  • Rappel de la mémoire du général de Bollardière qui fut le seul officier supérieur à condamner la torture pendant la guerre d’Algérie.
  • Les personnages politiques au pouvoir au moment de la détention, torture et assassinat de Maurice Audin furent: Robert Lacoste (Ministre résident en Algérie), Guy Mollet (Président du Conseil), Maurice Bourgès-Maunoury (Ministre de la Défense), Max Lejeune (Ministre des Armées). François Mitterrand n’était plus Ministre de l’Intérieur depuis quelques jours.

Contenu audio et vidéo

Vidéo de la partie I

Audio partie I et II

Jouez avec le player pour trouver les segments. Partie I: 81:17 – Partie II: 102:20

Réaction de la famille Audin à la publication de ‘La vérité sur la mort de Maurice Audin’

Les avis de Josette Audin et de sa fille Michèle Audin avec la réaction de Jean-Charles Deniau dans l’article Guerre d’Algérie: les ultimes réactions sur l’affaire Audin? (francetvinfo)

ALLER PLUS LOIN POUR MIEUX COMPRENDRE L’INTERVIEW

Résumé de l’affaire Maurice Audin / Acteurs principaux

Archive INA – 20h sur France 2

Article / interview antérieurs du général Aussaresses

Tortionnaire non repenti, le général Aussaresses se souvient (Rue 89 – 29 avril 2008)

Mort du général Aussaresses, tortionnaire en Algérie – Avec liens vers interview choc d’Aussaresses en 2000, pendant laquelle il reconnaît l’utilisation de la torture en Algérie (Le Monde – 4 décembre 2013)

Vers une reconnaissance officielle des exactions commises par l’État français pendant la guerre d’Algérie

Discours du président François Hollande du 15 décembre 2012 à Alger



Extraits importants pour les notions de mémoire et histoire:

  • Pendant 132 ans, l’Algérie a été soumise à un système profondément injuste et brutal. Ce système a un nom : c’est la colonisation et je reconnais ici les souffrances que la colonisation a infligées au peuple algérien.
  • Parmi ces souffrances, il y a eu les massacres de Sétif, de Guelma, de Kherrata qui je sais demeurent ancrés dans la conscience des Algériens mais aussi des Français. Parce qu’à Sétif, le 8 mai 1945, le jour même ou le monde triomphait de la barbarie, la France manquait à ses valeurs universelles.
  • La vérité, elle doit être dite aussi sur les circonstances dans lesquelles l’Algérie s’est délivrée du système colonial, sur cette guerre qui, longtemps n’a pas dit son nom en France, la guerre d’Algérie.
  • Nous avons le respect de la mémoire, de toutes les mémoires. Nous avons ce devoir de vérité sur la violence, sur les injustices, sur les massacres, sur la torture.
  • Connaître, établir la vérité, c’est une obligation. Et elle lie les Algériens et les Français. Et c’est pourquoi il est nécessaire que les historiens aient accès aux archives et qu’une coopération dans ce domaine puisse être engagée, poursuivie et que progressivemnt cette vérité puisse être connue de tous.
  • La paix des mémoires à laquelle j’aspire repose sur la connaissance et la divulgation de l’histoire.

Déplacement d’Hubert Colin de Verdière à Sétif le 27 février 2005

Transcription du discours d’Hubert Colin de Verdière

Extraits:

  • Aussi me dois-je d’évoquer également une tragédie qui a particulièrement endeuillé votre région. Je veux parler des massacres du 8 mai 1945, il y aura bientôt 60 ans : une tragédie inexcusable. Fallait-il, hélas, qu’il y ait sur cette terre un abîme d’incompréhension entre les communautés, pour que se produise cet enchaînement d’un climat de peur, de manifestations et de leur répression, d’assassinats et de massacres !
  • Le 8 mai 1945 devait être l’occasion de célébrer l’issue tant attendue d’une guerre mondiale, pendant laquelle tant des vôtres avaient donné leur vie pour notre liberté, cette liberté qui devait être celle de tous les algériens. Ce fût hélas un drame.
  • Il n’y a jamais unicité des mémoires, ni d’explication catégorique ou définitive des grands évènements historiques, comme il ne peut y avoir concurrence des victimes, ni négation des malheurs, quels que soient ceux-ci.
  • C’est la connaissance lucide du passé et des mémoires diverses, complétée par la vision d’un avenir différent, qui conduit à la tolérance, à la construction de l’espace démocratique et aux valeurs universelles.
  • Dans l’un de ses écrits, le philosophe français Paul Ricœur se disait « troublé par l’inquiétant spectacle que donne le trop de mémoire ici, le trop d’oubli ailleurs ». Et Paul Ricœur de s’interroger sur le concept de « juste mémoire », qu’il envisageait dans sa triple dimension « de souci d’autrui, de sens de la dette et de respect dû aux victimes ».

Rappel historique des massacres de Sétif

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