Petit et grand écrans racontent le débarquement

Film et série sur le débarquement

[Dossier Débarquement et Bataille de Normandie – Anniversaire du 6 juin 1944]

J’ai voulu faire simple avec une sélection courte: seulement un film et une série pour parler du débarquement en Normandie. Après tout, il y a peu de chance que nos enfants soient prêts à en regarder beaucoup plus autour d’un même sujet. Voici donc mes préférences (regardées aussi par mes 3 filles de 9, 11 et 13 ans): vous ne serez sûrement pas très surpris…

Le jour le plus long
Band of brothers (Frères d’armes)

Le jour le plus long - Film débarquement en Normandie Frères d'armes - Band of Brothers - série TV seconde guerre mondiale

 Oh! J’allais presque oublier! En préliminaire, je devrais aussi introduire 2 films que je n’ai pas eu l’occasion de voir, mais que je désire regarder vu les critiques essentiellement positives à leur égard: The Big Red One (Au-delà de la gloire) et Far Away (Les soldats de l’espoir) à retrouver sur ma liste YouTube de ‘films à voir sur le débarquement’.


Le jour le plus long – The longest day (produit par Darryl Zanuck – 1962)

Savez-vous que le titre du film se base sur une citation célèbre du Feld-Maréchal Rommel? Il considérait que le succès du débarquement se jouerait sur les plages, et aurait dit lors d’une inspection du ‘mur de l’Atlantique’ en avril 1944:

“Les premières 24 heures de l’invasion seront décisives. Les destin de l’Allemagne en dépend. Aussi bien pour les Alliés que pour l’Allemagne, ce sera le jour le plus long.”

Petite remarque tout de même: je n’ai pas réussi à trouver la source de cette citation (hormis qu’elle serait dans le livre de Cornelius Ryan, à l’origine du film, ce qui ne prouve rien). Vraie ou non, cette citation explique néanmoins le titre du film!

~ Pour retrouver cette citation dans le film, regarder cet extrait à partir de 4’50 ~

Pourquoi je conseille ce film:

  • Il est très abordable par les plus jeunes malgré sa longeur (2h58) parce que relativement peu violent par rapport à la dure réalité des champs de bataille. On pourrait tout autant reprocher ce manque de réalisme, mais cela permet de servir ici un plus jeune public qui peut mieux se concentrer sur le déroulement des événements tactiques sans bloquer sur l’échelle de l’horreur humaine.
  • La journée du débarquement est vécue selon la perspective de tous les camps (pas seulement celui des Alliés). D’ailleurs chaque protagoniste est joué par un acteur de la même nationalité dans la langue originale ce qui contribue à un certain réalisme.
  • Le film est vivant grâce à plein d’anecdotes séduisantes et mémorables pour le public, comme par exemple sur Utah Beach, alors que les hommes sont débarqués au mauvais endroit (à environ 2 km de la cible), le Brigadier Général Theodore Roosevelt Jr (fils du président américain) décide de continuer le débarquement des vagues ultérieures à ce même endroit et aurait dit (encore une fois, les citations valent ce qu’elles valent sans source précise): “Nous commencerons la guerre d’ici même”. Bien lui en a pris puisque cet endroit inopiné se trouve peu défendu par les Allemands. Pour plus d’infos: D-Day. Utah. Une erreur de navigation facilite le débarquement des GI’s (article Ouest France).
  • La voix de Robert Mitchum (jouant le Brigadier Général Norman Cota) dans la version originale. Oups! Pardon,  je dérive. Cela n’a pas grand chose à voir avec la véritable histoire…

Quelques bémols tout de même:

  • Zanuck n’est pas toujours très regardant sur la réalité historique. Il est bon de vérifier les faits présentés dans le film avant de les relater comme si ils avaient valeur historique. Pour cela, vous pouvez déjà consulter Erreurs historiques volontaires et involontaires du Jour Le Plus Long de Wikipedia et la Critique du Jour Le Plus Long du site DDay-Overlord. Remarquez, on pourrait tourner cela comme un exercice divertissant et éducatif pour les enfants: dans le film, il est montré ci ou ça, est-ce vrai (et n’oubliez pas de citer vos sources)?
  • Dérivé du point précédent, il y a un personnage qui m’exaspère particulièrement par son manque de réalisme (et je l’admets, il s’agit plus ici d’une opinion qu’un fait): la résistante Janine Boitard jouée par Irina Demick. L’accent est mis sur la plastique avantageuse de l’actrice ce qui, accumulé à un côté précieux à la limite du godiche, ne paraît pas rendre justice au personnage réel. Regardez une interview de Janine Boitard pour vous donner un aperçu de sa personnalité et de ses actions (à partir de 20’11).  Merci pour cette vision de la femme résistante! À l’opposé de cela, il semble y avoir une autre catégorie de femmes particulièrement courageuses: les nonnes, qui interviennent pour sauver les blessés du commando Kieffer au milieu de l’attaque du casino de Ouistreham… Résolument faux. Je ne sais pas ce que le film cherche à faire passer avec ces clichés; on en apprend certainement plus sur la vision de la femme par Zanuck que sur la multitude des rôles qu’elle a pu jouer lors de cet épisode de la guerre 39-45.

Frères d’armes – Band of brothers (produit par Steven Spielberg et Tom Hanks – 2001)

Soyons clair: avec 10 épisodes, ‘Band of Brothers’ ne couvre pas seulement le débarquement en Normandie, mais parle de toute la campagne des Alliés en Europe via la lorgnette de la Easy Company (2ème bataillon du 506ème régiment d’infanterie parachutiste de la 101ème division Airborne), de sa préparation aux USA et en Angleterre jusqu’à VE (victory in Europe) day –l’armistice du 8 mai 1945–, et le démantèlement de la compagnie après la capitulation du Japon le 2 septembre 1945.

Aussi, petite mise en garde en guise d’introduction: je vais tenter d’être objective sur cette série que j’adore pour des raisons qui vont au-delà du pur traitement historique. Néanmoins, lié au travail de mémoire, une des explications de mon attachement à cette série est la présentation en début de chaque épisode (et en conclusion du dernier épisode) de témoignages des vétérans héros de la série. Ils évoquent leurs expériences, leurs sentiments personnels par rapport au thème principal de l’épisode. Ce mélange de faits et d’émotion génère une véritable connexion avec les personnages. Et donc, si je veux que la raison l’emporte dans l’expression de mon jugement sur cette série, sachez qu’il y a un risque non nul que mon regard soit biaisé.

Pour une mise en bouche simple, commençons par expliquer le titre inspiré par la pièce de Shakespeare, Henri V, et en particulier le discours du roi avant la bataille d’Azincourt (pendant laquelle les Anglais ont donné la fessée aux Français…). À la fin de la série, un des personnages clés, le sergent Carwood Lipton reprend la pièce et dit:

“Henry the fifth was talking to his men and he said from this day to the ending of the world we in it shall be remembered. We lucky few, we band of brothers, for he who sheds his blood with me today shall be my brother.”

~ Pour retrouver cette citation dans la série, regarder cet extrait à partir de 5’56 ~

Cette série TV HBO (gros producteur de séries innovatrices aux USA) avec un budget colossal de 125M$ a su tirer la meilleure fibre cinématographique du livre éponyme de l’historien, extrêmement populaire aux US, Stephen Ambrose, d’ailleurs aussi co-producteur exécutif sur le tournage. De par le duo impliqué Tom Hanks et Steven Spielberg, vous trouvez bien des articles où les auteurs notent les similitudes entre ‘Band of Brothers’ et ‘Il faut sauver le soldat Ryan – Saving Private Ryan’. Pour ma part, hormis la même utilisation des caméras pour un réalisme choc, je trouve les deux productions notablement différentes. Dans ‘Band of Brothers’, le travail sur le scénario et les personnages, complètement sous-tendu par le choix de départ de faire porter la série par les témoignages des vétérans, crée un résultat radicalement plus crédible et une proximité considérablement plus grande avec les personnages.

Touchons dès à présent à un sujet délicat: la légitimité historique à double tranchant de la série. Oui, Stephen Ambrose (auteur et co-producteur de ‘Band of Brothers'; décédé en 2002) est un historien américain réputé. Malheureusement, sa réputation a été grandement entâchée par la mise à jour de son utilisation du plagiat pour un de ses livres ‘The Wild Blue’ et aussi, encore plus grave, l’invention d’interviews avec Eisenhower (dont il a écrit une biographie qui était considéré comme un ouvrage de référence). Alors, soit, rien qui ne touche directement ‘Band of Brothers’ (une même personne est bien capable du pire et du meilleur, n’est-ce pas?), mais le crédit confiance accordé précédemment à Ambrose est nécessairement entamé.

Finalement, je vais énoncer clairement ce que je dis plus haut en filigrane: l’intérêt de cette série tient encore plus spécifiquement au travail de mémoire et de mise en scène de témoignages que de l’Histoire avec un grand H. C’est aussi pour cette raison que cette série complète si bien ‘Le jour le plus long’. Après tout, la série est explicitement une vue partielle et partiale à partir du moment où elle s’appuie sur les témoignages de certains seulement de la Easy Company, une compagnie parmi tant d’autres, mais une compagnie d’assaut très spéciale par rapport à tous les hommes qui ont débarqué à des endroits et moments différents du Jour J, une compagnie américaine et non britannique, canadienne, polonaise ou autre. Il est sûrement bon de rappeler aux enfants / jeunes que l’on voit les événements à travers cette perspective très précise.

À titre d’illustration de la difficulté d’évaluer la vérité dans les souvenirs de témoins variés, il y a une sorte de fil rouge très pertinent dans la série. Des rumeurs courent sur le lieutenant Speirs: il aurait descendu de ses propres mains un groupe de prisonniers allemands le jour même du débarquement et aurait aussi tué d’une balle dans la tête un de ses hommes parce qu’il était soûl sur le terrain. Chacun y va de sa version, mais qui l’a vu de ses yeux? Y a-t-il plusieurs personnes qui peuvent corroborer une même version? Appréciez le dialogue dans l’épisode 7 de la série ‘The breaking point’ entre Speirs et Lipton (version originale):

Speirs: Tu veux savoir si les histoires sur moi sont vraies ou pas? As-tu déjà remarqué que dans ce genre d’histoire, tout le monde dit qu’il l’a entendu de quelqu’un qui y était? Ensuite, tu demandes à cette personne et elle dit qu’elle l’a entendu de quelqu’un qui y était. Rien de nouveau. Vraiment. Je te parie que si tu remontais il y a 2 000 ans, tu entendrais quelques centurions parlant de Tertius et comment il a fait sauter les têtes de plusieurs prisonniers carthaginois.

Lipton: Et bien, peut-être qu’ils ne cessent d’en parler parce Tertius ne l’a jamais nié.

Speirs: Peut-être Tertius a quelque intérêt à ce que les hommes pensent qu’il est le plus cruel et le pire des salauds de toute la légion romaine.

Je laisse la conclusion à la conclusion même de la série qui par le biais du major Dick Winters (le grand héros de la série) relate une anecdote écrite dans une lettre du sergent Mike Ranney (à retrouver à 6’29 de la vidéo ci-dessus).

Le petit fils de Mike lui demande: “Grand-père, as-tu été un héros pendant la guerre?”

Le papi répond: “Non, mais j’ai servi dans une compagnie de héros.”

Et pour la conclusion de la conclusion: n’êtes-vous pas sur des charbons ardents maintenant pour en (s)avoir plus sur les hommes de la Easy company? Voici quelques liens (en anglais) pour assouvir votre curiosité:

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